Les Marines mettent fin au projet LS3 d’Alphabet (Google)

Robot mule LS3 de Boston Dynamics

La mule robot développée par Boston Dynamics, spécialiste en robotique militaire détenu par Alphabet (Google), est trop bruyante selon les Marines. Trois ans après la première sortie du LS3 en 2012, le projet de l’Armée Américaine est retiré.

A l’origine, ce robot mule autonome développé conjointement avec la DARPA, la division de recherche du Pentagone, était conçu pour transporter le matériel des troupes sur de longues distances afin qu’ils se fatiguent moins. Pouvant transporter jusqu’à près de 200 kg, le robot surnommé ou AlphaDog, était capable de suivre un soldat à travers des terrains accidentés (montagne, forêt, jungle), impraticables pour un véhicule ordinaire.

Kyle Olson, un porte-parole des Marines, a déclaré au site Military.com que le bruit du moteur à essence du Legged Squad Support System (LS3) était nuisible tactiquement. “Alors que les Marines étaient en train de s’en servir, un des défis était de voir les potentielles possibilités en fonction des limites du robot“, explique Olson. “C’est comme ça : c’est un robot bruyant qui révélerait leur position“.

C’est évidemment un coup dur pour Boston Dynamics, ancienne spin-off du Massachussetts Institute of Technology (MIT), qui a développé ces dernières années d’autres types de robots, dont des quadrupèdes comme Spot (robot qui tirait le traîneau du Père Noel dans une vidéo postée par Boston Dynamics la semaine dernière), des bipèdes comme PETMAN ou ATLAS, ou des robots à roues comme SandFlea. Tous les regards se tournent désormais vers Spot, un robot plus léger que la mule LS3, plus maniable mais plus petit. A la différence de son grand frère, Spot est équipé d’un moteur électrique silencieux. Résultat : il est plus discret mais transporte moins de charge, jusqu’à 18 kg, ce qui ne fait pas non plus de lui, l’assistant idéal aux yeux des Marines.

Au delà de l’aspect bruyant ou de la capacité d’emport des robots militaires, une des questions en suspens est leur réparation en cas de problème lors d’une mission sur le terrain. Faudra-t-il le laisser sur place, risquer des vies humaines pour essayer de le récupérer … ? Il est certain que les Marines ont beaucoup appris aux côtés du LS3 au cours de leurs sorties en extérieur et que les technologies développées par Boston Dynamics seront réutilisées dans des applications futures.

Robot quadrupède BigDog de la DARPA

Depuis le démarrage du projet en 2010, la DARPA aura financé le développement des robots LS3 et Spot à hauteur de 32 millions de dollars, puis une rallonge de 10 millions de dollars pour soutenir les essais en extérieur par le Corps des Marines.

Ecrit par Newsroom le 30/12/2015 sur humanoides.fr


 

Quoi de nouveau en robotique ? (Partie 2)

Pour continuer le petit récapitulatif sur l’actualité robotique commencé dans l’article précédent, nous allons aborder quelques nouveautés importantes qui risquent de changer énormément de choses pour le futur de la discipline. Mais avant, j’aimerai finir sur le Darpa Robotics Challenge et discuter rapidement des points négatifs et des échecs. Car oui, bien que l’on puisse considérer que l’épreuve de Miami fût un grand succès il faut néanmoins noter qu’elle nous a permis de voir l’état réel de la robotique en 2013. Et le moins que l’on puisse dire c’est que nous sommes encore loin des robots du film Terminator ou encore d’I, Robot. En effet, quasiment tout les robots (bien que S-One s’en sorte mieux) sont encore très lents et ne possèdent que très peu d’autonomie (les machines étaient contrôlées en partie par des opérateurs à distance, avec une communication perturbée volontairement par les organisateurs de la DARPA comme ce pourrait être le cas en mission de secours). Il fallait quasiment 30 min pour que chaque robot puisse terminer une épreuve et pour certains ce temps était encore loin d’être suffisant. Un des objectifs principaux pour l’épreuve de décembre prochain concernera donc l’autonomie et la rapidité des robots, sachant que cette fois-ci, les 8 tâches seront réunies en un seul et même parcours. Il y a donc encore énormément de travail à réaliser pour les équipes du DRC. Pour finir et pour illustrer les difficultés de ce concours, on peut évoquer le cas du robot Valkyrie (photo ci-dessous et vidéo ici) du centre spatial Johnson de la NASA. C’est certainement le plus soigné d’un point de vue esthétique et design et ses concepteurs n’ont rien de débutants (ils sont à l’origine des célèbres robonaut dont une version est actuellement à bord de l’ISS) mais cela n’a pas empêché l’équipe d’obtenir le score catastrophique de 0 points. C’est la grosse déception de l’étape en Floride. Néanmoins, l’année prochaine devrait être une toute autre histoire et Valkyrie pourrait très bien prendre sa revanche, les ingénieurs de la NASA n’ayant eu que très peu de temps pour le programmer.

Le robot Valkyrie de la NASA.
Le robot Valkyrie de la NASA.

En dehors du DRC, je suis obligé de mentionner trois autres nouvelles importantes. D’abord, comme vous pouvez le voir dans la vidéo au début de l’article, Amazon a récemment annoncée qu’elle comptait utiliser des drones de petite taille pour délivrer des colis directement chez les particuliers. Le projet se nomme Amazon Prime Air et pourrait être lancé d’ici à 2015 bien qu’une nouvelle législation concernant les drones soit nécessaire (un pas important vient tout juste d’être franchi avec l’autorisation par la Federal Aviation Administration d’expérimenter librement des aéronefs autonomes ou non dans 6 sites répartis aux USA, avec l’ambition d’établir un règlement en 2015). Bien que ce service ne sera pas accessible à n’importe qui (la portée des drones limitera leur usage autour des villes et des centres de stockage d’Amazon) et qu’il ne permettra pas de livrer n’importe quoi, il sera intéressant de voir si ce nouveau service réussira à s’imposer, sachant qu’UPS et FedEx ont annoncées qu’elles travaillaient aussi sur cette technologie. En plus d’Amazon, il convient aussi de mentionner l’investissement massif d’Apple, à hauteur de 10 milliards de dollars, dans la robotisation de ses chaines de production, notamment aux USA. En plus de Foxconn qui a aussi engagé récemment l’installation d’un million de robots dans ses usines, il semble que le champ de la robotique industrielle soit en pleine explosion.

Enfin, et j’ai gardé le meilleur pour la fin, Google s’est décidé à envahir la robotique de manière inédite. En effet, en quelques mois, l’entreprise californienne a fait l’acquisition de 8 sociétés impliquées dans la robotique et parmi lesquelles Boston Dynamics et Schaft Inc (la startup à l’origine du robot vainqueur de l’épreuve récente du DRC). En plus de ces deux entreprises, Google a acquis Industrial Perception, Meka et Redwood Robotics, Bot & Dolly, Autofuss et Holomni. L’investissement total n’a pas été dévoilé mais il se chiffre probablement en plusieurs centaines de millions de dollars, autant dire que c’est du jamais vu. Cette nouvelle branche du célèbre moteur de recherche n’a pas encore de nom mais est dirigée par Andy Rubin, l’homme à l’origine du système pour mobiles Android et roboticien de formation. Pour l’instant Google n’a pas annoncée ses plans pour le futur mais un employé de Boston Dynamics présent à Miami en décembre dernier pour le DRC a indiqué que la robotique humanoïde faisait très probablement partie des plans du géant californien. Avec les fonds quasiment illimités de Google et les compétences des ingénieurs des sociétés acquises attendez vous à de grandes avancées dans les prochaines années. Pour conclure, une petite vidéo en bonus, enregistrée lors du DRC.

LS3 de Boston Dynamics
LS3 de Boston Dynamics

Quoi de nouveau en robotique ? (Partie 1)

Robosimian, le robot du JPL.
Robosimian, le robot du JPL.

Après une longue période d’inactivité par manque de temps, nous revenons aux affaires et le moins que l’on puisse dire c’est que l’actualité robotique en ce moment est riche, très riche. Nous allons dans ce post, ainsi que dans d’autres, effectuer un petit récapitulatif des événements marquants de ces derniers mois. D’abord, comme nous nous en parlions déjà dans plusieurs articles, le Darpa Robotics Challenge (DRC) organisé par la DARPA a bien eu lieu les 20 et 21 décembre derniers. C’est donc un peu plus d’un an après le lancement de ce concours de robotique que 16 équipes se sont réunies à Miami pour essayer de réaliser 8 tâches plus ou moins complexes (ouverture de valves, déplacement en terrain difficile, conduite d’un petit véhicule …). Les résultats sont accessibles sur le site du DRC et nous nous contenterons ici d’un simple résumé (dans un prochain article nous posterons les meilleures vidéos des épreuves). Donc pour en revenir au concours, chaque équipe devait tenter de récolter le plus de points possible sur les 32 réalisables (chaque épreuve pouvait rapporter jusqu’à 4 points) avec l’objectif d’arriver dans les 8 premières pour pouvoir obtenir un soutien financier de 1 million de dollars de la part de la DARPA et qui leur permettrait de continuer sereinement les préparatifs en vue de l’épreuve finale, en décembre 2014. L’équipe qui remportera ce concours gagnera la somme de 2 millions de dollars.

S-One, le robot de Schaft Inc.
S-One, le robot de Schaft Inc.

L’étape de Miami consistait donc en quelque sorte à une pré-sélection et à un entrainement grandeur nature. Il convient néanmoins de noter les équipes n’étant pas arrivée dans les 8 premières ont quand même le droit de continuer le DRC et de se présenter l’année prochaine. Il faut aussi se rappeler qu’il y a trois catégories d’équipes présentes dans ce concours: d’abord celles devant concevoir à la fois le robot et sa programmation (avec des fonds de la DARPA), celles devant coder un robot fourni par la DARPA (ATLAS) et enfin celles devant construire le robot et son software sans soutien financier de la DARPA. Les résultats maintenant: le grand vainqueur de cette étape est la startup japonaise Schaft Inc. avec son robot S-One (photo ci-dessus), en effet, sur les 32 points possibles, l’équipe nippone en a remporté 27. Ce score est assez incroyable et pour avoir regardé le live des épreuves sur le web, je peux vous assurer que cette équipe est largement en avance sur toute les autres. On comprend donc mieux pourquoi Google en a fait l’acquisition juste avant le concours (on reparlera de ce formidable événement qu’est l’arrivée de Google dans la robotique). Les ingénieurs de Schaft sont quasiment tous issus du même laboratoire de robotique de la très réputée université de Tokyo et cela explique leur avance, ce dernier laboratoire étant parmi les plus à la pointe dans le monde (les robots HRP, Kenshiro et bien d’autres). Pour voir une magnifique vidéo de leur robot c’est ici. Nous fournirons des vidéos de leur performance au DRC prochainement.

Atlas, le robot fourni par Boston Dynamics
Atlas, le robot fourni par Boston Dynamics

Ensuite, en deuxième place nous retrouvons le robot ATLAS (photo ci-dessus), construit par Boston Dynamics et fourni par la DARPA à 7 équipes. C’est IHMC Robotics, une équipe issue d’un centre de recherche en Floride, qui prend cette place avec 20 points. Sachant de qui est capable ce robot il n’est pas étonnant de le retrouver en très bonne place. En fait, parmi les 8 premières équipes, 5 sont équipées du robot ATLAS (aux 2, 4, 6, 7 et 8 ème place). Sachant que Boston Dynamics fait aussi partie des sociétés rachetées par Google avant le DRC, on commence à voir à quel point l’entreprise californienne à l’origine du célèbre moteur de recherche investit lourdement dans le secteur de la robotique. Comme avec le DARPA Grand Challenge à l’origine du projet de voiture autonome de Google, cette dernière profite de l’opportunité donnée par la DARPA dans le domaine de la robotique.

CHIMP, le robot de Carnegie Mellon.
CHIMP, le robot de Carnegie Mellon.

En troisième place c’est le robot CHIMP construit par l’université Carnegie Mellon que l’on retrouve avec 18 points. Contrairement aux robots bipèdes précédents, celui-ci se déplace grâce à des chenilles, bien qu’il soit capable de se redresser pour manipuler des objets. La forme humanoïde n’est en effet pas obligatoire pour concourir au DRC même si la grande majorité des robots le sont (étant donné que l’objectif final est de se mouvoir dans un environnement construit par et pour l’Homme). L’autre robot original présent à Miami en décembre dernier est le Robosimian (première photo de l’article) du JPL, le célèbre centre de la NASA à l’origine de la grande majorité des sondes d’exploration spatiale. Celui-ci à réussi à obtenir une vénérable 5ème place avec 14 points. Derrière la simple concours de robotique il y a aussi un enjeu important d’un point de vue technique: la forme humanoïde est-elle vraiment la plus adaptée pour réaliser ce genre de tâches ? CHIMP et Robosimian seront les seuls à pouvoir contrecarrer l’armée d’humanoïdes qui sera présente en décembre prochain, pour l’épreuve finale. Car en plus de S-One et des nombreux robots ATLAS, on devrait retrouver  le robot de Virginia Tech, THOR , qui ne concourait pas à Miami (l’équipe concevant THOR utilisait un autre robot, THOR-OP, moins performant pour l’épreuve de Miami. Les deux sont en photo ci-dessous, THOR étant le plus grand). Le robot Hubo devrait aussi être présent bien que sa prestation est été plutôt décevante. Enfin, on pouvait s’attrister du fait qu’il n’y ait aucune équipe européenne dans ce concours mais il semblerait que l’année prochaine un humanoïde en provenance du vieux continent sera présent pour essayer de s’imposer face aux mastodontes américains et japonais. Nous reparlerons de ce robot prochainement.

THOR et THOR-OP, de Virginia Tech.
THOR et THOR-OP, de Virginia Tech.