Quoi de nouveau en robotique ? (Partie 2)

Pour continuer le petit récapitulatif sur l’actualité robotique commencé dans l’article précédent, nous allons aborder quelques nouveautés importantes qui risquent de changer énormément de choses pour le futur de la discipline. Mais avant, j’aimerai finir sur le Darpa Robotics Challenge et discuter rapidement des points négatifs et des échecs. Car oui, bien que l’on puisse considérer que l’épreuve de Miami fût un grand succès il faut néanmoins noter qu’elle nous a permis de voir l’état réel de la robotique en 2013. Et le moins que l’on puisse dire c’est que nous sommes encore loin des robots du film Terminator ou encore d’I, Robot. En effet, quasiment tout les robots (bien que S-One s’en sorte mieux) sont encore très lents et ne possèdent que très peu d’autonomie (les machines étaient contrôlées en partie par des opérateurs à distance, avec une communication perturbée volontairement par les organisateurs de la DARPA comme ce pourrait être le cas en mission de secours). Il fallait quasiment 30 min pour que chaque robot puisse terminer une épreuve et pour certains ce temps était encore loin d’être suffisant. Un des objectifs principaux pour l’épreuve de décembre prochain concernera donc l’autonomie et la rapidité des robots, sachant que cette fois-ci, les 8 tâches seront réunies en un seul et même parcours. Il y a donc encore énormément de travail à réaliser pour les équipes du DRC. Pour finir et pour illustrer les difficultés de ce concours, on peut évoquer le cas du robot Valkyrie (photo ci-dessous et vidéo ici) du centre spatial Johnson de la NASA. C’est certainement le plus soigné d’un point de vue esthétique et design et ses concepteurs n’ont rien de débutants (ils sont à l’origine des célèbres robonaut dont une version est actuellement à bord de l’ISS) mais cela n’a pas empêché l’équipe d’obtenir le score catastrophique de 0 points. C’est la grosse déception de l’étape en Floride. Néanmoins, l’année prochaine devrait être une toute autre histoire et Valkyrie pourrait très bien prendre sa revanche, les ingénieurs de la NASA n’ayant eu que très peu de temps pour le programmer.

Le robot Valkyrie de la NASA.
Le robot Valkyrie de la NASA.

En dehors du DRC, je suis obligé de mentionner trois autres nouvelles importantes. D’abord, comme vous pouvez le voir dans la vidéo au début de l’article, Amazon a récemment annoncée qu’elle comptait utiliser des drones de petite taille pour délivrer des colis directement chez les particuliers. Le projet se nomme Amazon Prime Air et pourrait être lancé d’ici à 2015 bien qu’une nouvelle législation concernant les drones soit nécessaire (un pas important vient tout juste d’être franchi avec l’autorisation par la Federal Aviation Administration d’expérimenter librement des aéronefs autonomes ou non dans 6 sites répartis aux USA, avec l’ambition d’établir un règlement en 2015). Bien que ce service ne sera pas accessible à n’importe qui (la portée des drones limitera leur usage autour des villes et des centres de stockage d’Amazon) et qu’il ne permettra pas de livrer n’importe quoi, il sera intéressant de voir si ce nouveau service réussira à s’imposer, sachant qu’UPS et FedEx ont annoncées qu’elles travaillaient aussi sur cette technologie. En plus d’Amazon, il convient aussi de mentionner l’investissement massif d’Apple, à hauteur de 10 milliards de dollars, dans la robotisation de ses chaines de production, notamment aux USA. En plus de Foxconn qui a aussi engagé récemment l’installation d’un million de robots dans ses usines, il semble que le champ de la robotique industrielle soit en pleine explosion.

Enfin, et j’ai gardé le meilleur pour la fin, Google s’est décidé à envahir la robotique de manière inédite. En effet, en quelques mois, l’entreprise californienne a fait l’acquisition de 8 sociétés impliquées dans la robotique et parmi lesquelles Boston Dynamics et Schaft Inc (la startup à l’origine du robot vainqueur de l’épreuve récente du DRC). En plus de ces deux entreprises, Google a acquis Industrial Perception, Meka et Redwood Robotics, Bot & Dolly, Autofuss et Holomni. L’investissement total n’a pas été dévoilé mais il se chiffre probablement en plusieurs centaines de millions de dollars, autant dire que c’est du jamais vu. Cette nouvelle branche du célèbre moteur de recherche n’a pas encore de nom mais est dirigée par Andy Rubin, l’homme à l’origine du système pour mobiles Android et roboticien de formation. Pour l’instant Google n’a pas annoncée ses plans pour le futur mais un employé de Boston Dynamics présent à Miami en décembre dernier pour le DRC a indiqué que la robotique humanoïde faisait très probablement partie des plans du géant californien. Avec les fonds quasiment illimités de Google et les compétences des ingénieurs des sociétés acquises attendez vous à de grandes avancées dans les prochaines années. Pour conclure, une petite vidéo en bonus, enregistrée lors du DRC.

LS3 de Boston Dynamics
LS3 de Boston Dynamics

Blue Origin: la startup du fondateur d’Amazon.

De toutes les startups se lançant aujourd’hui dans l’aventure du spatial, Blue Origin est certainement la plus secrète. En effet, fondée en 2000 par Jeff Bezos (le fondateur d’Amazon), cette petite société ne communique que très peu et il est aujourd’hui difficile de savoir exactement ce qu’il se passe dans ses locaux près de Seattle ou sur son terrain de tests au Texas. La vidéo ci-dessus est la dernière communication en date de Blue Origin. Elle montre un test, effectué en decembre 2012, de son système d’échappement au lancement pour sa futur capsule suborbital. L’objectif de la startup est de parvenir à rendre le coût des vols dans l’espace plus abordables et ainsi permettre à un plus grand nombre de personne d’en profiter. Pour accomplir cette vision à long terme, un plan en plusieurs étapes a été mis en place. D’abord, pour faire baisser les coûts, la ré-utilisabilité du système de lancement est nécessaire donc Blue Origin a décidée de développer plusieurs véhicules à décollages et atterrissages verticaux. Ces véhicules ont pour finalité la construction du New Shepard qui sera le premier système suborbital (lanceur +capsule) commercialisé de la société. Ainsi, le premier prototype (officiellement) est un engin nommé Charon (photo ici). Celui-ci a permis de d’acquérir les technologies nécessaires pour ce genre de lanceurs en effectuant des vols autonomes culminants jusqu’à une altitude de 96m, en 2005. Le second prototype est un véhicule nommé Goddard, en l’honneur du pionnier américain des fusée, et il ne contenait pas de capsule habitable, comme Charon. Il a effectué son premier vol en 2006 lors duquel il a atteint l’altitude de 85 m. Voici la vidéo de ce vol:

Enfin, le dernier véhicule en date n’est plus vraiment un prototype puisqu’il représente quasiment la version définitive du New Shepard. Il a effectué son premier vol le 6 mai 2011 avec à son sommet une capsule factice (même forme, même poids pour réaliser un lancement en condition commercial). L’ensemble du système est conçu par Blue Origin, y compris la propulsion, et la vraie capsule (celle de la première vidéo) devrait permettre à terme d’emporter deux personnes, que ce soit des touristes, des scientifiques ou des astronautes d’agences spatiales. Malheureusement ce véhicule a été perdu lors d’un vol le 24 août 2011 lors duquel il a atteint une altitude de 14 km et une vitesse de mach 1,2. Une instabilité de vol menant à un angle d’attaque trop important serait à l’origine de cet échec. Le prochain prototype du New Shepard est en ce moment même en construction et devrait réaliser son premier vol cette année. Selon Jeff Bezos, si tous se passe bien, cet engin sera le dernier avant la commercialisation du New Shepard. Voici une vidéo du vol du 6 mai 2011(une autre peut être vue ici):

Une fois le vol suborbital commercialisé, Blue Origin prévoit de s’attaquer à l’orbital, en reprenant les technologies de ré-utilisabilité développées pour le New Shepard. Le plan actuel prévoit la mise au point d’une capsule pouvant transporter jusqu’à sept astronautes. Nommée Space Véhicule pour le moment, cette capsule est encore à l’état de concept mais des tests en soufflerie sur des modèles ainsi que de nombreuses simulations numériques ont été effectuées. La capsule devrait d’abord être lancée par un lanceur atlas V mais la startup prévoit de construire son propre lanceur rapidement. Nommé Reusable Booster System, ce lanceur (image ici avec le Space Vehicule à son sommet) possédera en fait deux étages dont le premier sera entièrement ré-utilisable, à la manière du New Shepard. Blue Origin développe pour ce lanceur son propre moteur à hydrogène et oxygène liquide, le BE-3, et a réalisée le premier test de celui-ci en octobre 2012 en partenariat avec la NASA au John C. Stennis Space Center.

blue-origin